Le héros
Robert Gu est le plus grand poète américain de ce siècle. Il vient d’être guéri de la maladie d’Alzheimer grâce aux miracles de la médecine (si quelqu’un veut bien m’expliquer la référence à un “champs de mine tombé du ciel” à ce propos…). Ses relations à autrui sont exécrables, il cherche toujours à dominer et à blesser avec les mots qu’il manie si bien ceux qui égratignent son égo. Il découvre à son “éveil” un monde qui a bien changé avec la pervasivité de l’informatique vestimentaire: les ordinateurs sont embarqués dans les vêtements. Il s’aperçoit également que sa guérison l’a privé de son génie poétique. Ses relations particulières avec son fils et sa petite-fille constituent une des trames de ce romans qui mêle thriller terroriste avec une description ciselée des rapports humains dans une famille pas comme les autres. Dans la famille Gu, on peut demander le grand-père (ex-poète de génie), la grand-mère, le père (officier militaire), la mère (analyste militaire) ou la petite fille (génie informatique en herbe). Chaque personnage a une personalité bien définie qui interagit de manière très convaincante avec celles de ceux qui l’entoure.
Il s’agit également d’un roman sur la possibilité de la rédemption avec la seconde chance offerte à Robert Gu de renouer avec sa famille. Il se retouve mêlé malgré lui à un complot terroriste basé sur un virus informationnel qui n’est pas sans rappeler le samouraï virtuel de Neal Stephenson.
Le complot
Ce complot terroriste reprend un certain nombre des peurs issues des évènements du 11 septembre. Sans vouloir gâcher le plaisir de la lecture, on peut révèler que ce complot terroriste part d’une bonne intention, celle de protéger l’humanité de sa capacité d’auto-destruction qui est un autre des thèmes développés dans ce roman.
Le projet de numérisation de la connaissance
Enfin , il est également question d’un projet de numérisation de la bibliothèque de l’UCSD, que Vernor Vinge connait bien, puisqu’il a été enseignant à San Diego. La numérisation est basé sur un processus de destruction de l’objet livre afin de préserver le contenu de ces livres. Le but ici différent de Farenheit 451 ou le but visé est de détruire la littérature. L’agitation que suscite ce projet sert de couverture à d’autres projets moins avouables.
A la fin de ce roman, il reste quelques questions en suspens qui, je l’espère, pourraient donner lieu à une suite…
Mais qui est Monsieur Lapin ?
“Je suis un nuage qui englobe toute connaissance” annonce-t’il à Robert Gu. Est-ce à dire qu’il s’agit enfin de la fameuse singularité technologique promise par Vernor Vinge dans son célèbre mémo ?
Le choix d’un lapin pour représenter le mystérieux étranger qui intervient comme un deus-ex-machina sur le destin de nos héros n’est à mon avis pas un hasard. Le lapin, avec le renard, a toujours symbolisé le petit malin ou le “joueur de tour” comme avec Bugs Bunny bien sûr, mais celà remonte à plus loin et à tout le folkore médiéval.
Ou sont passés les souris contaminées ?
Et oui, la menace n’est peut être pas tout à fait écartée …
Mon avis
C’est dans tous les cas un excellent roman que je recommande plus que chaudement. Il a été nommé parmi les quatre romans pouvant recevoir le prix Hugo 2007.
On pourra y trouver un intérêt tant sur le plan littéraire et psychologique avec la description des rapports de la famille Gu que sur le plan de l’anticipation avec la description d’une société ou l’internet aurait déja fait les septs pas en avant lui ayant permis d’atteindre la singularité technologique (ou pas ?). Et vous qu’avez vous pensé de ce roman ?



